Richesse d'une formation diversifiée

Pour une psychothérapie intégrative
L'ouvrage paru en novembre 2015 aux éditions de la chronique sociale S'écouter pour écouter développe ma compréhension de ce que pout être une approche intégrative en psychothérapie. Elle découle de celle du Professeur Michel Marie-Cardine.

En occident, les théories psychologiques et psychothérapiques remontent à plusieurs millénaires. Pour autant, les théories actuelles sont toutes plus ou moins articulées, en positif ou en négatif, aux bases de la psychanalyse proposées par Freud à la fin du XIX° siècle. En effet le modèle proposé par Freud rassemble et met en perspective un ensemble de savoirs et de théories qui pouvaient être éparpillés.
Reprises et augmentées ou critiquées, depuis ses premiers disciples jusqu'à nous qui représentons si l'on peut dire la cinquième génération, ces théories restent une base largement partagée. Elles sont passées dans la culture et la langue, avec des effets de vulgarisation plus ou moins fidèles à la lettre et au sens premier.
Contrairement à ce que l'on croit souvent, dès les premières heures, les pratiques d'accompagnement thérapeutiques des disciples de Freud se sont largement diversifiées. Freud lui-même consultait en se promenant, en buvant le thé, accompagnait en thérapie ses amis ou leurs enfants, ou ses propres enfants. D'éminents cliniciens, très fidèles dans la théorie,  avaient des pratiques tout à fait dissidentes par rapport à la règle psychanalytique. C'est d'ailleurs par la critique et les courants dissidents que la psychothérapie analytique s'est enrichie et a pu accompagner tant bien que mal les évolutions de la société et les besoins en psychothérapie.

Ma référence théorique de base est donc la métapsychologie psychanalytique. Cette base théorique me permet de me référer à des modèles d'explication qui envisagent le fonctionnement psychique humain de manière globale et cohérente.
Elle me permet également de comprendre les apports théoriques de nombreux grands praticiens de la psychothérapie, et les éclairages donnés par les cas présentés par de nombreux cliniciens de renom. 
Ainsi mon approche dans les psychothérapies et ma compréhension des personnes que j'accompagne en psychothérapie peuvent s'appuyer sur l'évolution d'une discipline plus que centenaire et riche d'expériences psychothérapiques certes uniques mais toujours humaines.

En particulier, je me reconnais dans les propositions du Freud des premiers temps, reprises et approfondies par son disciple Reich, selon lesquelles nos comportements, nos aspirations et nos difficultés s'originent dans le processus de construction singulier qui a été le nôtre, en lien avec notre énergie vitale, que Freud appelait la libido. Freud a ensuite un peu délaissé cette approche par l'énergie et son économie. Car, cherchant à consolider son modèle, il a développé le concept de pulsion de mort, auquel je n'adhère pas. Je pense au contraire avec Reich que ce que Freud a appelé pulsion de mort correpond à des blocages énergétiques- psychologiques- non élucidés.
Reich en effet a persévéré dans l'étude de l'énergie, de sa circulation, de ses blocages ou stases. Ses hypothèses sont d'ailleurs actuellement confirmées par les développements des neuro-sciences, en particulier dans le domaine du cancer. On pourra lire la biopathie du cancer en lien avec les récentes découvertes des neuro-sciences.

Comme Freud, Reich pense que les aléa de la vie président à notre développement. Il va plus loin en avançant l'idée selon laquelle notre psychisme et notre système bio-physique, et en particulier notre micro musculature, se développent en parallèle et en synergie, de sorte que chacun de nous est unique comme chaque abre est unique, en sa beauté comme en ses faiblesses, chacun ayant eu un environnement développemental unique. Ainsi, l'ainé d'une famille ne grandit pas dans le même environnement que le cadet puisqu'il a un petit frère et non un grand frère. L'énergie bloquée par les aléa de la vie provoque à la fois des stases musculaires et des blocages ou traits psychiques. Il est donc peu surprenant que les niveaux de blocages décrits par Reich correspondent à la fois aux niveaux des centres énergétiques décrits par les médecines traditionnelles asiatiques et aux stades de développement psychiques décrtis par méta-psychologie freudienne.
Reich est allé jusqu'à ébaucher une méthode qui a été précisée par ses disciples tels Ola Raknes puis Federcico Navarro pour ne citer que les premiers et les plus illustres.Cette méthode qui a alors été appelée neuro-végéto-thérapie caractéro-analytique, en référence à ce que l'on appelait à l'époque le système neuro végétatif, aux traits de caractères que Reich associait aux niveaux de blocage énergétique et à la méthode analytique telle qu'il l'avait apprise auprès de Freud.
Cette méthode consiste à associer effectivement le corps à la démarche analytique de sorte que les difficultés actuelles semblent faire écho à des sensations et émotions ressenties "là et alors" quand les blocages musculaires et bio-physiques ont présidé à la constituion de blocages énergétiques. L'expérimentation au plan des sensations par de petits exercices qui mobilisent certains micro muscles, ceux-là mêmes qui étaient mobilisés à des époques dont nous n'avons plus aucun souvenir mais où se s'est construit de mode d'être et pour certaines expériences, notre mode de survie; la mobilisation émotionnelle qui en découle, et sur laqelle nous pouvons aujourd'ui mettre des mots; les pensées qui s'y associent ; permettent une mise en sens des sensations de "là et alors" et la fonte du blocage musculaire et énergétique qui à son tour et par synergie fait fondre la difficulté psychique. Le patient évolue de la sorte vers une unité fonctionnelle. Cette méthode, comme toute méthode analytique, se travaille au long court et dans un cadre précis.
A ce sujet, on lira avec avantage les ouvrages de Ola Raknes et de Gérard Guasch.

Comme Freud et bien d'autres, Reich n'a pas résisté à la tentation de donner au modèle psychothérapique et psychologique qu'il proposait un caractère total. Mais plus que Freud, il s'est laissé prendre par son système, et ses derniers développements sont difficiles à suivre, tant ils sont éloignés de la réalité psychologique et de la réalité terrestre habituellement comprise. L'approche psychothérapique de Reich et son développement à la globalité du monde lui ont valu auprès d'un certain public un succès aussi grand que grande fut l'opprobe qu'il reçu des milieux politiques, scientifiques et de la recherche en psychothérapie.

Pour autant, l'approche théorique et thérapeutique proposée par Reich est à l'origine des psychothérapies dites psychocorporelles, et en particulier de la bio énergie, de la gestalt thérapie et de très nombreuses autres psychtothérapies. Dans la mesure où ces thérapies approchent l'humain dans sa globalité bio-physico-psychique, elles nécessiteraient d'être accompagnées par des thérapeutes très sérieusement formés dans ces différents domaines. Il n'est pas interdit de penser que la complexité d'une telle approche ait fait partie des motivations de Freud à cantonner sa thérapie psychanalytique au seul canal de la parole. Et il n'est pas inutile de rappler que les premiers psychanalystes étaient tous médecins : ils connaissaient et s'intéressaient en premier lieu aux mécanismes corporels. Et c'est face aux énigmes des fonctionnements corporels qu'ils se sont intéressés aux mécanismes psychiques. C'est face aux symptômes réellement handicapants mais sans aucune explication organique que les médecins de l'époque de Freud se sont intéressés à l'hypnose et que lui-même a développé son modèle psychanalytique. Aujourd'hui encore, c'est bien souvent la résistance d'un symptôme à manifestation psysique sans cause organique connue dans l'état actuel de la science qui motive les consultations en psychothérapie.
Parmi les psychothérapeutes qui appliquent les propositions de Reich, nombreux sont encore ceux qui ne peuvent envisager un neuro-végéto-thérpeute caractéro-analytique non médecin, pour la raison que les connaissances médicales sont mobilisées dans cette approche.
D'autres considèrent qu'une formation personnelle, théorique et pratique, assorties de psychothérapies de contrôle et didactiques, et d'une supervision menée par un neuro-végéto-thérapeute selon les principes de cette approche, peut dans certains cas permettre d'accompagner des patients selon cette méthode psychothérapique. On comprend mieux la rareté de ce type de psychothérapeutes en France aujourd'hui.
Il reste que beaucoup trop souvent, les approches dites psycho corporelles sont appliquées avec une recherche de catharsis émotionnelle forte, sans progessivité et sans méthodologie. Elles risquent fort d'aboutir alors à un renforcement des défenses, à une addiction à la thérapie ou au thérapeute du fait des décharges émotionnelles très fortes que dans ces conditions elles peuvent générer, quand elles ne débouchent pas sur des phénomènes de décompensation psychique pouvant aller jusqu'au délire ou au suicide. Car, les philosophies anciennes autant que les approches sérieuses plus récentes le savent: on ne touche pas le corps sans effet au long court et en profondeur, et en touchant ou en mobilisant le corps, on touche et mobilise beaucoup plus que le corps.

En parallèle des bases théoriques proposées par la métapsychologie psychanalytique, et par l'approche neuro-végéto-caractéro-analytique proposée par Reich, l'évolution des connaissances de la psychiatrie est d'un apport incontournable. Car avant de comprendre et d'accompagner, il est urgent d'être à même de se faire une idée diagnostique des souffrances des personnes, et de ce qu'il est envisageable de leur proposer en terme d'accomagnement.
En effet, certaines souffrances sont d'une telle force qu'elles peuvent mettre la personne qui les porte ou celles qui la cotoient en grand danger. De telles souffrances doivent être prises en charge par une équipe pluridisciplinaire, apte à faire appel à la chimiothérapie autant qu'à la psychothérapie, à offrir un cadre suffisamment sécurisant qui puisse contenir le danger que représentent les peurs terribles portées par la personne en grande souffrance, peurs qui sont contaminantes pour l'entourage.  
Enfin, les apports d'autres courants thérapeutiques peuvent être très utiles en ce qu'ils offrent un point de vue différent, un éclairage nouveau, un langage autre, qui sauront, dans certains cas, mieux aider à la compréhension des personnes et de leur souffrance. En particulier, ils offrent des outils diverisifés, adaptés particulièrement à tel ou tel type de souffrance psychique, ou tel ou tel type de patient. Ces outils ont été largment testés et s'avèrent souvent très efficaces s'ils sont utilisés à bon escient et avec la manière qui permettra au patient de se les approprier et d'en profiter.
C'est ce qui me conduit à utiliser des modèles humanistes, notamment gestaltistes ou stratégiques, des modèles systémiques, des modèles comportementaux et cognitifs, et plus encore à être très attentive aux manifestations corporelles.
C'est aussi ce qui m'incite à rester vigilente aux nouvelles découvertes et aux nouveaux modèles, en particulier ceux proposés par les neuro sciences, qui confortent de nombreuses hypothèses proposées par Reich il y a 80 ans.

Ainsi, j'appartiens à la grande famille de ceux qui se définissaient comme psychothérapeutes intégratifs.
Ces psychothérapeutes cherchaient à "intégrer" au sens de faire sien au sein de leur personne, différents modèles théoriques. Ils faisaient suffisamment confiance à la fois aux modèles, à eux-mêmes et à la relation qu'ils instauraient avec leur patient, pour croire qu'ils se référeraient au modèle qui convient au moment qu'il convient. Pour ces psychothérapeutes en effet, l'intégration des différents modèles théoriques en une seule théorie restait encore une utopie. Car les modèles sont indépendants et exhaustifs les uns de autres par construction. Pour autant, les outils thérapeutiques de différentes approches psychothérapiques peuvent s'intégrer au sein d'un accompagnement psychothérapique.
L'objectif de ces psychothérapeutes était de se mettre au service du patient, au plus près de son besoin, avec les outils qui répondaient le mieux aux besoins de ce patients particulier à ce moment particulier de son parcours. 
Et l'expérience a montré que certaines souffrances s'expliquent ou s'accompagnent mieux avec telle approche théorique alors que d'autres gagnent à être appréhendées avec telle autre approche. Ainsi l'idée selon laquelle l'accompagnement de la dépression, des addictions ou des phobies obtient de meilleurs résultats avec une approche cognitive eet comportementale qu'avec une approche analytique. En effet, ce monstre qui encercle empoisonne et hypnotise la personne, utilisant sa lucidité pour la tirer vers l'immobilité, la dévalorisation et la dépendance dans le cas de la dépression, ce monstre peut être déstabilisé, ralenti, voire contrecarré par des antidotes telles la pensée positive, l'incitation à l'action, au divertissement, à la rencontre, alors que l'approche analytique qui au contraire invite à l'arrêt et à l'introspection pourrait dans certains cas renforcer le mouvement vers l'immobilisme et la dépendance.